Agir, pour ne point punir encore l’exilé

19 septembre 2016 § Poster un commentaire

La peur, rappelle le dicton, est mauvaise conseillère. N’aggrave-t-elle pas le drame humanitaire d’un exil massif d’hommes et de femmes pourchassés par la haine.

Que d’Autorités spirituelles, mais pas seulement, se sont prononcées pour le « prendre-soin » de ceux qui n’ont rien, dépouillés par des barbares. Force est de constater le peu d’attention au fragile alors qu’elle est compagnon de la vie. Qui peut contester que notre société a besoin de trouver des tisseurs pour dire halte à la déchirure sociale.

Le Livre de l’humanité rappelle l’urgente invitation d’accueillir l’étranger. Formuler des anathèmes ou exprimer l’opprobre à l’égard de ceux qui pactisent avec la culture du rejet, n’offrira pas aux opprimés des conditions de vie plus sécurisées.

Le passage de l’ombre à la lumière se réalise plus souvent par des rencontres que par des discours, ou encore de par ces signes ouvrant les cœurs avant d’ouvrir les yeux, telle la photo de cet enfant exilé, trouvé mort sur la plage

La Chancelière allemande, Angela Merkel, défend avec courage sa politique migratoire, prenant des risques importants, soulignés lors des dernières élections. Réussir en politique, ce n’est pas nécessairement durer, mais inscrire des engagements qui, s’ils ne sont pas compris aujourd’hui, seront demain mémoire d’un avenir.

Demain ne se tisse pas avec les seuls fils du présent mais avec ceux, parfois lointain, que définit si bien Paul Eluard : « il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci ». A s’en échapper, le réel se défile avec les dérives clôturant l’esprit et le cœur.

L’Allemagne, certes, n’est pas la France pour n’être pas confrontée à un chômage massif et tenace, ni à cette crise du  logement qui nous résiste et nous nargue.

Cependant, nous connaissons des territoires qui se désertifient. Leurs forces vives rejoignent les grandes agglomérations qui se présentent, tel un jeu de lumières, comme un leurre pour ceux qui n’ont pas de formations. Que de déplacements sont synonymes de naufrages stigmatisés par trop de cités oubliées qui ne se font entendre que dans le bruit d’une violence, trace de leur désespérance.

Justement, dans une commune rurale, à Bonnelles, il y a un an, Habitat et Humanisme accueillait des réfugiés syriens et irakiens, aujourd’hui des Tibétains, Afghans, Somaliens…

Deux reportages viennent de rappeler que, loin d’avoir créé des conflits, ce centre d’accueil de réfugiés s’est avéré un souffle rafraichissant, via l’engagement du maire, de son Conseil municipal et d’un grand nombre de ses administrés.

Si des craintes existèrent au début, très vite, elles disparurent. Un ‘faire-ensemble’ s’est mis en œuvre suscitant une fierté partagée entre les habitants de Bonnelles et les exilés. Plus qu’un abri, ils trouvèrent un refuge, né de l’estime.

A Maurepas, dans les Yvelines, pendant un mois, le gymnase des Bessières abrita 100 demandeurs d’asile. Là encore, les oppositions de départ, furent suivies d’un silence, en rien traversé par le mutisme, mais le respect d’une action humanitaire conduisant le maire de la commune (LR), Grégory Garestier, à se demander si la politique d’accueil des migrants ne devait pas être réexaminée à la lumière de ces résultats.

Face aux migrants, des villes qui leur étaient opposées sont devenues accueillantes, titrait Le Monde dans son édition du 21 août, rendant compte de l’action du maire de Maurepas et de Daniel Dometz, Maire de Saint Mard, ville de 3500 habitants en Seine et Marne.

Assez de ces paroles qui enferment et ne font qu’attiser les oppositions quand ce n’est point la haine.

Quelles propositions, alors ? Agir sur le plan local pour que des voix rendent compte de la fierté des habitants qui, pour faire céder les peurs, trouvent l’audace d’aider.

Quel programme, celui-là même des tisserands dont notre société a besoin.

Bernard Devert
Septembre 2016

Que les « diseux » s’effacent pour faire place aux « faiseux »

15 septembre 2016 § Poster un commentaire

La parole est d’argent, le silence est d’or. L’adage bien connu est démenti chaque jour. Les « diseux » sont à la une du théâtre de l’inessentiel alors que les « faiseux », souffleurs des temps nouveaux, sont les oubliés d’un monde qu’ils préparent secrètement.

Que de paroles mortifères jouent comme un anesthésiant – je l’ai échappé belle comme devant l’accident !   alors qu’il s’agit de s’associer à des énergies positives, créant des relations nouvelles.

Ces discours vains et répétitifs insultent l’avenir qui ne demande qu’à émerger, pour autant que l’on prenne la mesure de l’urgence d’agir différemment.

Le discernement, préalable à l’acte d’entreprendre, vise à répondre à la question que faire, et même dé-faire, pour susciter des espaces de plus grande liberté n’existant que là où les marges d’autonomie sont reconnues.

Dans le silence, l’économie sociale et solidaire progresse. Pensée hier comme une utopie, elle est désormais portée par bien des femmes et des hommes qui, refusant le ‘toujours plus’ dans le moins de temps possible, se lèvent pour libérer une éthique de responsabilité offrant du sens à l’acte d’entreprendre pour qui, par qui et pourquoi.

Quel drame de s’installer dans le consentement d’un chômage massif ou d’accepter l’absence de logements pour les plus vulnérables.

Le ‘carburant’ de cette économie est l’épargne solidaire qui alimente ces investissements de demain traduisant une attention au bien commun, plus partagé qu’on ne le croit, dans cette conviction que privilégier le sens, c’est susciter un chemin.

Terrible constat : si l’épargne n’a jamais été si peu rémunérée, elle est massivement thésaurisée ! N’assistons-nous pas au théâtre de l’indifférence, d’où des drames entraînant de telles béances que la Société est fracturée avec les risques, plus exactement la menace, d’une possible guerre civile.

Les « diseux » alimentent les braises, les « faiseux » les éteignent pour susciter des réponses qui changent la donne. Pourquoi oublie-t-on de parler de leurs expériences transformatrices du tissu social. Aurait-on peur de l’avenir ?

La responsabilité des « faiseux » est de rechercher une action concrète pour dire non à l’inacceptable. Soulager, soutenir, c’est humaniser pour s’éloigner de ce qui est moche.

Cette perspective recueille un enthousiasme et un dynamisme. Qui met en exergue le fait que déjà des murs se lézardent pour faire place à la construction de passerelles ouvrant sur de nouveaux horizons. A trop attendre, le monde des laissés pour compte désespère.

Va vers ton risque, dit René Char, à te regarder ils s’habitueront. Quel risque ? Celui d’entendre pour mieux comprendre dans la perspective où Albert Einstein soulignait qu’il y a suffisamment d’intelligence dans le monde ; ce qui manque c’est le cœur.

Les « diseux » se battent sans autres enjeux que d’occuper l’espace médiatique ; le cœur des « faiseux » bat pour ne point rester étrangers aux situations de vulnérabilité, de dépendance avec la question du pourquoi qui ne peut être traversée que par l’audace de changer et de faire changer.

Si nous n’avons pas de réponse toute faite, reconnaissons que la fragilité, invitation à l’aventure de l’écoute, est source de créativité.

Il y trois pouvoirs : le pouvoir du mal qui fait mal, celui du temps qui use et parfois nous use, mais heureusement il y a celui du cœur qui fait naître bien des inespérés et des inattendus. Entreprendre pour humaniser, c’est être à ces rendez-vous déterminés à remonter l’horloge de la conscience », suivant l’expression d’Olivier Py, Directeur du festival d’Avignon.

Les « faiseux » accrochent des étoiles dans ces ciels obscurcis. Puissent les « diseux » les voir et, s’ils veulent continuer à parler encore, comprendre l’urgence de quitter la verbalisation d’un monde entretenant un pessimisme destructeur.

Assez de mots, donnons place à la parole qui rend compte du changement.

Bernard Devert
Septembre 2016

Des inflexions pour de nouvelles réflexions

1 septembre 2016 § Poster un commentaire

Au cours de l’été, alors que les températures ont connu d’importantes inflexions entraînant des records, l’information apportait une fraîcheur sur le plan de l’emploi : le chômage retombe.

Il s’agit d’un mieux mais le baromètre de l’emploi est loin d’être au beau fixe. Seules 44 100 personnes depuis le début de l’année ont retrouvé du travail, notamment  grâce à des mesures conjoncturelles, la prime à l’embauche, le crédit d’impôts pour la compétitivité et l’emploi. Plus de 3,5 millions, loin d’être sous des ombrelles, se trouvent sous des parapluies ouverts le temps des indemnités. D’autres n’ont plus aucune protection pour être en fin de droits.

Sur le plan politique, la sortie de ces chiffres traduit une embellie pour le Président, liant son avenir à la diminution des intempéries dont souffre l’emploi.

Le chômage tombe. Cependant, que de personnes fragilisées par de graves dommages. Les ruptures professionnelles génèrent souvent des désordres familiaux et des pertes d’estime de soi pour s’entendre dire: « on vous écrira », promesses sans lendemain.

Le chômage a lézardé la cohésion sociale accablant une Société qui a trop longtemps entendu ses responsables dire que tout avait été tenté pour favoriser l’emploi. Une des retombées de cette « confession » ou de cet abandon est l’impuissance du politique, non sans risque pour la démocratie.

A promettre beaucoup en privilégiant le « moi, si j’étais Président », il est oublié le « nous » qui s’impose pour une inflexion durable du chômage.

Une Société plus participative est attendue pour une traversée partagée des tempêtes. Assez de ces situations où les uns crient : « je coule » alors qu’un petit nombre répond pour gagner du temps : « patientez, cela va aller mieux ».

L’économie ne sera créatrice d’emplois que si les murs construits dans l’intention de protéger cèdent pour prendre en compte la transformation de la Société ; point d’innovations sans confiance.

Au cours de cet été, précisément à Cracovie, le Pape François appelait la jeunesse à démolir les murs pour bâtir des ponts.

Ce Pontife fait tomber les signes du pouvoir pour privilégier ceux du service. Quelles que soient les options spirituelles, sa parole novatrice, pour ouvrir des horizons, touche ou interroge un grand nombre.

Quand tombent les illusions mensongères de la puissance, alors s’éveille une fragilité, la rosée d’un nouveau matin d’humanité. N’y aurait-il pas ici une invitation à saisir que l’avenir s’inscrit dans la recherche enthousiaste d’un contrat offrant à l’économie les traces d’un partage, déjà commencé avec l’entrepreneuriat social.

La petite inflexion de la courbe du chômage devrait passer au crible d’une grande réflexion afin de quitter ces postures si usées qu’elles obscurcissent ces arcs-en-ciel que sont les valeurs de créativité et de confiance.

Un beau programme de rentrée pour entrer dans une nouvelle ère.

Bernard Devert
Septembre 2016

La fête de l’Assomption de la Vierge, une invitation à faire de nos vies une ascension

22 août 2016 § 1 commentaire

Au 15 août, si l’été décline et les jours baissent, les textes en la fête de l’Assomption ne parlent que de lumière : le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et une couronne de douze étoiles (Ap. 12,1).

Marie, suivant le poème de Dante, ennoblit notre humanité pour nous conduire vers des sommets. Les atteindrons-nous, je ne sais, mais se mettre debout pour les gravir est déjà une ouverture transformatrice de la vie pour lui conférer du sens.

Le sommet n’est pas le ciel, pour n’être point un lieu. On ne va pas au ciel, on devient le ciel dans la perspective où ce grand poète et spirituel que fut Maurice Zundel dit que le ciel, c’est le cœur. L’expression surprend mais l’amour toujours bouscule les idées qui enferment.

Souvenons-nous du Père Jacques Hamel, poignardé alors que son amour est désarmant comme Celui-là même qu’il célébrait.

Gardons en mémoire l’engagement du Père Maximilien Kolbe déporté à Auschwitz ; il fit surgir sur ce lieu de l’enfer, le ciel au sens zundélien du terme :

Des SS rassemblent par colonnes des hommes dont les plus vulnérables sont envoyés dans des fours crématoires. Un père de famille est retenu pour être jeté dans la fournaise. Alors, un frère de Saint-François sort des rangs. Il fait face aux bourreaux et prend la place de cet homme. Une mort acceptée, donnée, par-donnée au-delà de la barbarie dont l’horreur n’a d’égal que la bestialité de penser anéantir la vie alors que là où elle est donnée, jamais elle ne sera volée ; elle est hors d’atteinte, inviolable.

Magnifique, cette traversée des ténèbres pour être une ascension, j’ose dire une assomption.

Aller vers les sommets, c’est prendre le risque du très bas, suivant le beau livre de Christian Bobin. Savoir quitter les sécurités pour débusquer l’indifférence meurtrière observant qu’entre l’homicide psychologique et l’homicide réel, il n’y a qu’une différence de circonstance, comme le souligne la parabole du Bon Samaritain.

Le Lévite et le prêtre changent de trottoir pour ne pas vouloir porter assistance à l’homme roué de coups.

Marie pour les chrétiens, Myriam pour nos frères musulmans, ne cesse de nous inviter à vivre des déplacements intérieurs. N’est-elle pas celle qui, dans sa maternité de l’essentiel, trace de l’éternel, nous aide à prendre de la hauteur non pas pour surplomber les réalités mais pour s’inscrire dans des espaces de tendresse.

Dans les heures difficiles traversées, l’urgence est de risquer cette bienveillance pour comprendre que le prochain est celui à qui nous prêtons attention.

Ensemble, éprouvons la joie de bâtir des ponts pour que le caractère sacré de la vie ne soit pas enfermé derrière des murs.

Ensemble, n’acceptons pas que les personnes en perte d’autonomie, isolées et sans ressources se trouvent sans soutien au soir de leur existence.

Ensemble, refusons que des centaines de milliers de familles recherchent vainement un logement. La fraternité n’est pas un mot creux, elle creuse une source d’énergie pour s’élancer vers des ciels dont la lumière est celle de la générosité et de la responsabilité.

Ensemble, n’admettons pas que des mamans et des enfants connaissent la rue. Une situation déshumanisante qui suscite certes des indignations, mais s’impose une mobilisation pour répondre à la question « Qu’as-tu fait de ton frère ».

Ensemble, apportons une contribution à ce drame humanitaire que représente l’exode de personnes devant quitter leur terre pour être pourchassées par la haine.

Que d’ascensions à vivre ; Quelle prière peut mieux accueillir Marie que celle de notre détermination à être serviteurs de la cause des pauvres.

Bernard Devert
15 août 2016

Pour gagner la paix

1 août 2016 § 1 commentaire

La lâcheté peut s’avérer monstrueuse : cet homme lançant à vive allure un camion contre une foule en fête, ou encore ces deux individus armés d’armes blanches poignardant un prêtre âgé, célébrant une messe dans un quasi huis clos.

Ces actes fous n’ont d’autre but que de semer la peur, de terroriser ; ils suscitent une juste colère sans briser la fraternité qui, au contraire, se déploie. Qui aurait pensé que le culte musulman invite les imams et les fidèles à rejoindre les chrétiens dans leurs églises et réciproquement.

Alors que la cohésion sociale est déjà bien lézardée, un espoir se fait jour.

Quel contraste entre ces lâches qui, incapable d’affronter la vie, fuient, exaltés, inhibés par des drogues, et ce peuple souffrant gardant un magnifique sang-froid, attentif à son unité. Des différences légitimes s’expriment mais la vive conscience du tragique est mobilisatrice d’une détermination à vivre ensemble pour faire face à d’autres risques, peut-être d’autres drames.

La résignation n’a pas de place. Il s’agit d’entrer en résistance au sens de créer de nouvelles alternatives pour ne point sombrer dans un fatalisme mortifère ou dans une peur destructrice de sens ; la bête immonde doit être vaincue pour que les valeurs d’humanité ne soient pas humiliées.

Nous ne capitulerons ni ne fuirons devant un tel ennemi. La liberté ne se négocie pas, il s’agit de la défendre. Chaque génération la reçoit en lui offrant si nécessaire le tribut de la vie pour qu’elle ne s’assombrisse point.

Soyons présents sur les lieux engluant l’espoir. Ensemble, nous ne voulons pas fermer les yeux, encore moins ceux du cœur. Que se lèvent des « petits princes » qui, sans se payer de mots ou de formules incantatoires, agissent dans cette conviction que, seule, la fraternité protège.

A Cracovie, le pape François demandait à la jeunesse des six continents d’être sur le terrain ; l’heure n’est pas celle des ‘réservistes’, il s’agit, ajoutait-il, de construire des ponts et non de bâtir des murs.

Vous n’aurez pas ma haine, écrivait très justement Antoine Leiris dont l’épouse fut lâchement assassinée au Bataclan. Les barbares ne prendront pas davantage notre confiance en l’avenir.

Le combat est engagé sans vengeance, dans une mobilisation qui ne vise pas seulement à gagner la guerre mais plus encore à gagner la paix.

Aussi convient-il de rechercher les causes de radicalisation et ne pas seulement les dénoncer ; elles ne sont pas toutes étrangères à un urbanisme qui, déjà en 2005, suscita un état d’urgence, alors circonscrit aux territoires confrontés à la guérilla urbaine.

Un grand chantier doit s’ouvrir pour briser l’enfer de ceux qui habitent ces quartiers. Il est urgent de ne plus laisser du temps à cette violence sourde, alimentée par la misère qui brise l’avenir de trop de jeunes.

La paix n’est possible que là où la recherche de justice et de fraternité témoigne qu’aucune personne n’est insignifiante. N’est-ce pas un appel à veiller à ce que les plus vulnérables trouvent les conditions d’une dignité ; elle n’est pas assurée à ceux condamnés à survivre dans des quartiers de non-droit, touchés non seulement par la ghettoïsation mais par une forme d’apartheid. L’expression heurte, mais elle est juste pour traduire la réalité de ces lieux de graves ruptures sociales.

Un engagement doit être pris pour éradiquer dans des cités le cancer dont les métastases laissent le champ à l’esclavage des esprits et concourent au mépris de la vie alimenté par des obscurantismes homicides.

Que de récits éclairent l’avenir de ceux qui pensaient ne plus en avoir. Aidés, certains vont devenir des aidants, tel cet homme sans domicile, blessé par des voyous. A la sortie de l’hôpital, une fraternité se constitue pour lui procurer un petit appartement et un travail. Depuis 6 mois, il héberge lui-même gracieusement, chaque fin de semaine et durant les vacances, un jeune étudiant sans soutien, sauf celui d’un proviseur l’accueillant pendant le temps scolaire.

Autre récit d’inclusion dans la ville de 150 Roms, dont 90 enfants, parqués pendant plus de cinq ans dans des bidonvilles. Ils disposent désormais d’un hébergement provisoire mais décent, outre une formation mise en œuvre par l’Etat et le Conseil de l’Europe.

Ne voulant occulter ni les difficultés, ni les raisons d’espérer, observons que ces familles roms s’inscrivent dans un processus d’insertion, suite à une transformation progressive des regards. La fraternité encore balbutiante donne les signes d’un déjà-là.

Ainsi, ce garçon de 8 ans qui, après plus de cinq années passées dans un bidonville, découvre un autre horizon. A la question de Reina, son accompagnatrice : « as-tu faim ? », il répond: « j’ai besoin que tu ne me lâches pas »; il glisse alors sa main dans la sienne.

Ce fugitif et décisif instant change la donne ; ces deux mains ne traduiraient-elles pas l’ouverture des nôtres dans cette recherche de fraternité, une des conditions pour remonter l’horloge de la conscience, suivant la belle expression d’Olivier Py, Directeur du festival d’Avignon. .

Bernard Devert

31 juillet 2016

Le Brexit, une décision qui doit conduire à mieux entrer dans l’Europe

30 juin 2016 § Poster un commentaire

Au lendemain du Brexit, les marchés ont parlé avec la chute brutale des cours de bourse. Les politiques ont exprimé leur désarroi face à la décision du Royaume-Uni de sortir de l’Europe, au risque désormais d’être confronté  à une déchirure intérieure.

Un des leaders de la sortie de l’Union Européenne, Nigel Farage, a reconnu, quelques heures après la publication du vote, que les économies annoncées pour quitter Bruxelles ne seraient pas tenues pour être des promesses de campagne.

Quels mépris et désinvolture de l’électorat !

La prouesse des promesses, c’est qu’elles demeurent croyables sans disqualifier des porteurs du mensonge.

Le Royaume-Uni avait au sein de l’Europe un statut spécifique  dont la monnaie était le signe. David Cameron en organisant le référendum précisa, non sans indélicatesse à l’égard des Etats-membres, que tout ce qui avait pu être obtenu de l’Europe l’avait été.

Se servir sans servir. Quelle idée de la construction européenne !

Les commentateurs au matin du vote  se sont rappelés de la formule du Général de Gaulle ; l’Angleterre est une île. L’image du couple a été largement reprise ; si le  divorce est aujourd’hui prononcé, l’Angleterre n’éprouve aucune urgence à se séparer. Mieux, plus de 3 millions de signatures seraient parvenues au Parlement pour demander un nouveau référendum, d’aucuns considérant qu’ils avaient choisi le Brexit, pensant que le ‘in’ l’emporterait.

Une curieuse expression du vote qui n’honore pas le Royaume-Uni, un des berceaux du parlementarisme.

L’Angleterre est une île, comment ne pas observer que les Etats membres sont des ilots où chacun bâtit l’Europe comme on construit des lotissements, en mettant des barrières pour refuser l’harmonisation des réglementations fiscales  et sociales.

Ne nous étonnons pas que les instances européennes soient perçues comme une technostructure formulant des ‘directives’ ; ne sont-elles pas  entendues comme des injonctions empiétant sur la souveraineté des Etats-membres.

L’opinion publique bâtit progressivement un ‘leave’ larvé, alimenté par le fait que l’Europe est présentée comme la cause de bien des difficultés. Qui n’a pas le souvenir de propos tenus par des personnalités éminentes sur le plan politique : c’est la faute à l’Europe.

Et maintenant ? That is the question, pour reprendre la formule de Shakespeare.

L’heure est de faire mémoire de Robert Schuman, Jean Monnet,  Konrad Adenauer, Alcide de Gaspéri, les pères fondateurs qui ont pensé l’Europe – les Nations étant en guerre – comme une chance pour la paix en la bâtissant non sur l’équilibre des puissances mais dans une volonté de réconciliation des Nations européennes.

Quel est le souci de cette réconciliation quand, exception faite de l’Allemagne, l’Europe est indifférente au drame humanitaire des réfugiés ; indifférente à la pauvreté touchant 28% des enfants en Europe du Nord et près de 34% en Europe du Sud ; indifférente à un chômage massif concernant actuellement plus de 22 millions de personnes.

Les conséquences financières et économiques du Brexit sont largement évoquées. Il y aurait lieu de s’interroger plus encore sur l’Europe que nous voulons construire pour ne point la réduire à un  libre-marché.

Observons que l’Europe ne s’invite pas  dans les programmes des élections présidentielles ; cette absence  ne suscite aucune interpellation des politiques, ce qui en dit long sur l’intérêt que nous lui témoignons.

L’Europe a besoin de tisserands pour lier, relier, telle l’opération Erasmus, une réussite, mais limitée pour ne toucher que les populations convaincues que l’apprivoisement des  différences est créateur de liberté et d’avenir.

Et si le Brexit s’avérait un électrochoc pour que se lèvent des bâtisseurs de liens : une exigeante et passionnante aventure pour construire une Europe  qui, prenant enfin en compte les grandes fractures sociétales, susciterait l’enthousiasme des peuples, comprenant qu’être ensemble est une des clés pour sortir des iniquités et injustices, altérant la paix.

Notre vieux continent a besoin d’un souffle. La construction de l’Europe nous l’offre ; ne la désertons point.

Bernard Devert
Juin 2016

L’école fermée demeure une école de la solidarité

20 juin 2016 § Poster un commentaire

Deux nouveaux logements à Combloux viennent s’ajouter aux 3319 constituant le parc de la Foncière Habitat et Humanisme et aux 2 000 places d’hébergement pour des personnes en perte d’autonomie.

Deux appartements ! Rien, diront certains, ou si peu, mais ne sont-ils pas un petit maillon dans une grande chaîne de solidarité.

Ils ont été réalisés dans une ancienne école, toute une symbolique d’ouverture ; elle nous plonge, quelles que soient nos sensibilités, dans ce livre de l’Humanité qui nous parle de l’homme blessé : « Qu’as-tu fait de ton frère. »

Se mettre à l’écoute de cette parole est une école de vie pour la vie. Habitat et Humanisme tente d’en témoigner pour apprendre à se mettre à l’écoute de l’autre et à le reconnaître dans sa différence comme un égal.

Apprendre, c’est se risquer à un autrement pour s’éveiller à d’autres façons de voir, d’apprécier sans jamais juger et sans autre notation que celle de la bienveillance.

La qualité de l’enseignement ne procède pas du souvenir des acquis mais de la mémoire d’un regard, d’une parole suscitant ce désir de s’élancer vers plus de liberté pour prendre le chemin des sommets.

Toute découverte a un versant lumineux et un autre relevant du clair-obscur, un lâcher prise des certitudes pour s’éveiller aux convictions qui, seules, nous font progresser. Il est alors moins question de savoir que de chercher à apprendre.

La conscience de cette avancée s’opère à un moment où il y a déjà bien longtemps que nous avons quitté l’école, comprenant que la vie est une grande université aux multiples disciplines. L’enseignement ne se reçoit pas ex cathedra mais dans les rencontres inattendues, voire improbables, avec leur cohorte de gravité, de joies  et de peines.

Autant de clés de lecture ; l’une d’entre elles, l’humilité, se propose à notre liberté :. S’ouvre alors une porte qui a pour nom la fraternité.

Les pauvres, nos maîtres, disait Vincent de Paul, nous donnent une belle leçon des choses : l’essentiel, une sagesse ; elle nous conduit à discerner ce que nous ne pouvons pas changer mais qui, en revanche interdit toute paresse qui laisserait en attente ce que nous pouvons et devons transformer. A cette exigence, tous nous sommes appelés.

Entrons dans la gratitude de tous ceux qui, bâtisseurs de liens, savent au plus intime d’eux-mêmes que le grand enseignement, c’est d’agir pour ne point punir l’avenir.

Vous êtes de ceux-là, merci.

Bernard Devert
19 juin 2016