Méditation sur la fête de l’Assomption

15 août 2017 § Poster un commentaire

La fête de l’Assomption interroge nos lieux de vie, notamment le ‘prendre soin’ dans les maisons médicalisées pour faire des EHPAD des maisons de l’hospitalité. Ne devraient-elles pas être des lieux, signes d’une éternité commencée au sens où l’inessentiel déjà s’efface.

Saint Bernard dont nous connaissons la dévotion qu’il avait pour Marie dit : l’heure de la mort est l’heure de la rencontre, plus exactement de la plénitude de la vie.

Marie est tellement source de l’hospitalité qu’elle l’offre à l’Auteur de la vie.

L’hospitalité efface bien des hostilités ; quand elle est donnée par Dieu, elle élève et nous relève. Entendons Marie : « Il fit pour moi des merveilles, Saint est son Nom » (Luc 1,49). Magnificat !

Emerveillement et Sainteté sont intimement liés dans le cœur de Marie, saisissant que la sainteté n’est point d’abord le temps d’un effort mais celui de la grâce proposée à jamais, d’où le jaillissement d’une joie et d’une foi libérantes : « Qu’il me soit fait selon la Parole ».

Une Parole, certes dérangeante pour être créatrice d’un autrement, chemin d’une traversée des finitudes. Alors, s’ouvre l’immensité des espaces intérieurs insoupçonnés pour être jusque-là insoupçonnables.

L’émerveillement est toujours un éclat de vie. Dieu, c’est quand on s’émerveille, dit Maurice Zundel.

Cet émerveillement permet de revisiter nos engagements pour ne point s’éloigner de nos idéaux qui, avec le temps, s’usent. « Si vous ne redevenez pas comme des enfants, dit le Christ, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » à identifier comme royaume du cœur.

Un proverbe demande d’attendre le soir pour dire si le jour fut beau. Il en est ainsi de la vie dont la réussite ne se comprend que si, comme Marie, nous nous laissons pleinement habités par ce désir de servir et non point de se servir.

La foi est un appel à donner, se donner.

Le service est sans doute le plus juste critère pour évaluer vraiment notre relation au Seigneur, Serviteur des Serviteurs. S’il est de ces moments où le don peut apparaître difficile ; ne brise-t-il pas les idées de possession et de puissance contribuant à la transformation de nos existences ; la foi n’est pas une certitude mais plus profondément une conviction, éveillant une aube lumineuse.

« Dieu fit pour moi des merveilles, Saint est son nom ». Dieu n’est pas une construction, Il est une découverte.

Magnifique relecture d’un évènement fondateur à partir de ce « oui » donnant naissance à une Famille, au sein de laquelle Marie se révèle matrice d’un nouveau monde, continuellement en genèse.

A une heure où l’intelligence artificielle se présente comme une énième séduction dans ce désir inavoué de se passer de Dieu, l’homme ‘augmenté’ s’imagine immortel pour penser son avenir en se prolongeant.

La question n’est pas celle de l’immortalité, mais de l’éternité ; elle n’est pas davantage de se prolonger mais de se dépasser. Rien d’artificiel. Il s’agit de notre humanité que Marie accompagne encore et toujours dans son Assomption qui peut être comprise suivant le poème « De la deuxième vertu » de Charles Peguy :

Dans toute naissance et dans toute vie.
Et dans toute mort.
Et dans la vie éternelle qui ne finira point.
Qui vaincra toute mort.

J’éclate tellement dans ma création.

L’Assomption de Marie traduit la lumière diaphane du Créateur ; « le Seigneur fit pour moi des merveilles, Saint est son nom ». Marie est trop mère pour ne point nous les partager.

Bernard Devert

Les APL sont une chance et non une charge.

1 août 2017 § Poster un commentaire

« Le corps social est disloqué en raison de trop de fractures qui, pour ne point être soignées, s’aggravent.

L’annonce d’une réduction de l’APL à hauteur de 5 euros par mois, quels que soient les revenus, ne se révèle-t-elle pas un manque de soin à l’égard des plus blessés de notre Société. 5 euros par mois ce n’est pas si grave, disent certains. Les commentateurs ont largement parlé d’un « argent de poche », mais pour les 2/3 de la population qui perçoivent cette aide, la diminution viendra encore augmenter la part manquante du nécessaire pour vivre.

La décision, pour autant qu’elle soit confirmée, est pour le moins inquiétante ; n’a-t-elle pas été prise à l’aveugle, sans trop s’interroger et s’inquiéter sur les conséquences malheureuses qu’elle va entraîner pour ceux qui, n’ayant aucune marge de manœuvre, éprouvent le sentiment d’un abandon qui ne fait qu’ajouter à leur détresse.

Le traitement à opérer ne doit pas s’intéresser seulement aux pathologies sociales mais à la situation des personnes, en veillant à s’éloigner du palliatif afin de proposer des soins qui remettent debout.

Quand une famille, en fin de mois, est conduite à compter des pièces pour voir s’il lui est possible d’acheter du pain, de donner à manger à ses enfants et quand ces mêmes parents sont obligés de sauter des repas, il y a une situation alarmante criant l’insuffisance du « reste pour vivre » s’apparentant déjà trop souvent à la survie.

Le corps social est en souffrance. Les aides sont des soins ; les restreindre alors qu’elles sont un minima pour ne point sombrer est un déni des situations de pauvreté.
Les finances publiques malades, des arbitrages sont nécessaires. Qui peut le contester ; l’heure est à un discernement pour ne point accabler ceux qui ne le sont que trop. Il s’agit non seulement d’une question de justice mais du respect de la dignité des personnes vulnérables qui, à bout de souffle, pensent qu’elles n’ont pas d’avenir pour se considérer des parias de la Société.

Ce ressenti douloureux, il nous faut l’accueillir pour s’éloigner d’une dureté qui éteint l’espoir.

Il appartient aux gouvernants de mieux faire comprendre les sacrifices à réaliser en protégeant les accidentés de la vie et les victimes du malheur innocent.
Alors, et alors seulement, le corps social trouvera une harmonie ; elle est impérative pour que « cette marche » soit possible pour tous et avec tous. Cette perspective est suffisamment noble pour qu’elle suscite au sein de la Nation la volonté de la désirer, plus encore de l’entreprendre avec enthousiasme.

Notre Pays qui, de par son histoire, refuse les replis sur soi, saura bien consentir à ces arbitrages ouvrant des espaces d’humanité ; ils sont attendus, plus encore espérés. »

Bernard Devert, juillet 2017

Deux visages pour un pays sage

18 juillet 2017 § Poster un commentaire

avec-virgine-gallice-bénévole12016 est l’année de l’intégration au sein d’Habitat & Humanisme de l’association La Pierre Angulaire qu’il me fut donné de créer en 2001, refusant que l’âge s’avère un naufrage. Les traversées sont d’autant plus difficiles qu’elles sont solitaires alors que les tempêtes assaillent les plus fragiles, confrontés à la perte d’autonomie, l’isolement et le manque de ressources.

Cette photo souligne le sens de nos engagements :

  • Le visage de cette grand-mère offre à l’enfant la seule force qui protège, l’amour. Que de personnes âgées pensent qu’elles ne sont rien pour n’avoir rien, comme si la vie s’évaluait à l’aune du mesurable. Comment leur dire que loin d’être une charge elles sont une chance. Albert Einstein rappelait que le monde est riche d’intelligence mais pauvre d’amour. Ce manque cruel, que de personnes au soir de leur vie l’atténuent en faisant du bien sans bruit ; elles partent en laissant une trace de lumière.
  • Visage de l’enfant devant lequel surgit la question désarmante que va-t-il devenir. L’interrogation n’est pas absente d’émerveillement et d’une responsabilité qui ennoblit notre humanité. A la quiétude des certitudes faciles doit se substituer « l’intranquilité » des convictions, trop souvent battues en brèche pour être transformatrices de la société. Le combat est inégal mais nous ne pouvons pas le déserter pour ne point abandonner les premières victimes que sont les plus pauvres.

Le fragile chemin d’humanité est un appel à ne rien céder pour que le temps de l’enfance ne soit pas volé et que celui de son avenir ne soit pas compromis. Plus cette exigence éthique est prise en compte, davantage se tissent des relations créatrices d’humanité et de justice. « Sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé », écrit Camus à ce vieil instituteur auquel il dédie son prix Nobel de littérature.

Ce rapport d’activité je voudrais humblement vous le dédier pour vous remercier de votre tendresse et votre affection fidèle à la cause d’HH qui nous réunit : faire taire l’absurdité de ce mal qu’est l’indifférence. Vous ne le supportez pas pour avoir cette conscience éclairée qu’il est possible de l’éradiquer. Ensemble nous avons commencé il nous faut poursuivre même si, à certaines heures, le doute diabolique pourrait nous faire douter que nous y parviendrons.

Pourquoi agissons-nous si ce n’est pour que « des Camus » puissent un jour avoir cette parole de reconnaissance donnant naissance à un monde nouveau.

De tout cœur merci.

Bernard Devert.

La fraternité, chemin d’humanisation

3 juillet 2017 § Poster un commentaire

La fraternité est un bien commun à bâtir ensemble, exigeant de ne rien céder sur les valeurs éthiques et spirituelles auxquelles nous sommes appelés et même tenus pour un monde plus humanisé.

Quelle liberté et quelle égalité possibles en absence de la fraternité. Les déchirures sociales, qui ont pour nom ghettoïsation – plus grave encore apartheid – ne peuvent être réparées que dans un sursaut de fraternité. La déserter, c’est consentir à des lieux de non droit où l’être n’est pas ou plus reconnu comme sujet de droit.

Martin Luther King rappelle qu’à continuer ainsi, nous deviendrons fous. Que de fois, nous avouons marcher sur la tête, mais pour autant la raison ne facilite guère le vivre-ensemble dont la source est la fraternité, laquelle n’est ni un sentiment ni une philosophie, mais une posture d’humanité témoignant de l’élévation de la conscience.

Ne rien céder au cynisme est un appel à résister contre les défaitismes se révélant des gouffres de la pensée, à partir desquels la fraternité est perçue comme une utopie, d’autant plus rejetée que l’art de gouverner est souvent un ‘faire croire’ via l’inflation des promesses, trace de mensonges avérés.

Or, la fraternité est au rendez-vous des moments de grande tension, de drames qui ne permettent pas de se payer de mots. N’est-elle pas une réponse concrète à l’appel de ceux qui sont dans une telle souffrance qu’ils ne peuvent pas s’en sortir seuls, tels les réfugiés fuyant leur territoire pour avoir besoin d’un refuge, d’une protection.

Reconnaissons que l’urgence témoigne souvent d’une fraternité se révélant une hospitalité où l’autre n’est plus regardé comme l’étrange ou l’étranger, mais comme un hôte épris de liberté et d’égalité. L’‘hôte’ ne se définit-il pas comme celui qui reçoit et celui qui est reçu ; une équivalence, sommet d’une fraternité.

En dehors des catastrophes naturelles, la fraternité reste atrophiée.

Le logement des plus fragiles non seulement est banalisé mais il est perçu comme une stigmatisation déchirant le tissu social, d’où des barrières et même des frontières que les politiques de mixité peinent à abattre. L’habitat social devrait être pensé en termes d’hospitalité ouvrant sur le ‘care’, ce prendre-soin si nécessaire au recul des hostilités.

L’acceptabilité de celui qui est différent met en jeu la question de la bienveillance dans une éthique de la relation qui interroge le langage : comment parlons-nous de l’autre et des autres.

Régis Debray, dans son essai, Le Moment Fraternité, évoque le fait que la fraternité est une belle endormie ; elle fait tapisserie ; aussi, nous invite-t-il à lui tendre la main pour faire quelques pas de danse.

L’image est judicieuse pour remettre au centre, plus encore au cœur des préoccupations, la fraternité, passage du possessif à l’inclusif relativisant les inégalités et les servitudes qui la blessent.

Un long travail sur soi est nécessaire pour introduire dans les rapports humains l’initiative de se trouver en face de l’autre non point en le surplombant mais dans une relation effaçant les ego pour comprendre qu’on ne naît pas frère, on le devient. (Régis Debray).  Mais, à quel prix !

Bernard Devert
Juillet 2017

L’Evangile, l’ouverture d’un chantier pour se construire en humanité.

23 juin 2017 § Poster un commentaire

 

Qu’est-ce-que l’homme, telle est la question qui se pose à chacun.

L’homme passe l’homme ; le pari de Pascal traduit un dépassement. N’est-il pas au cœur de l’Evangile non dans un savoir académique jamais décisif, la foi ne relevant pas d’une connaissance mais d’une reconnaissance.

Christ ne joue pas avec un pari ; Il a mis en jeu sa vie. Assassiné, crucifié, d’aucuns ayant compris que sa Parole allait tout mettre sens dessus-dessous, alors la mort fut précipitamment au rendez-vous de son histoire. Urgence de cadenasser l’accès à ce chantier d’amour qu’Il ne cessa et ne cesse de proposer.

Ouvrir l’Evangile, c’est ouvrir un chantier ; il est risqué comme tout lieu où l’on construit. Nous connaissons ces panneaux : Attention, des hommes y travaillent ! Ici pas seuls, avec le Créateur. Le maître d’œuvre ne s’imposant pas, les dangers n’en seraient-ils pas aggravés ? Non ce chantier surprenant est celui de la confiance.

Le Dieu de l’Evangile est vraiment incroyable, il ne retient pas nos échecs, il les assume si bien que nous sommes des invités permanents à ce chantier qui a pour nom la miséricorde ; l’homme est l’espérance de ce Dieu Père.

Il y eut ce chantier qui se nomme Babel ; il se poursuit jusqu’à imaginer des tours dont l’une des dernières réalisées fait près d’1 km de haut. L’homme passe son temps à flirter avec le ciel, mais Dieu n’est pas là.

Que de rendez-vous manqués pour n’avoir pas compris où est Dieu.

Il est vrai que nous voulons imposer nos plans, bien étudiés, organisés, structurés pour construire, oubliant que l’Eternel n’a qu’une attente, que nous bâtissions un monde plus habitable pour tous, mais pour ce faire, il faut consentir à se laisser reconstruire.

La Loi de Moïse que nous mettons en avant nous protège. Voici que sur ce chantier de l’Evangile il est moins question de se protéger que de protéger : on vous a dit… eh bien, moi je vous dis… (Mt 5,44).

Ce qui nous est dit c’est que la Loi ne sera pas abolie mais accomplie, c’est-à-dire dépassée. Le légal est bien pâle au regard de cette Loi nouvelle bouleversant et renversant les idées de puissance que nous privilégions pour refléter ce que nous voulons devenir : accumuler des biens pour être quelque chose au lieu d’être quelqu’un.

Un autre rendez-vous manqué pour n’avoir pas compris que Dieu est étranger à ces propositions mortifères fracturant non seulement l’espace mais créant dans les têtes des ghettoïsations qui enferment.

Si le chantier de l’Evangile n’avance pas comme il devrait, ne serait-il pas temps de se demander si nous devrions pas mettre autant de passion à défendre les droits de l’âme qu’à faire valoir nos droits. Le renversement des priorités ne serait pas indifférent à un chantier plus humain, par là même divin.

Heureusement, il est de ces chantiers où l’on entend des craquements ; ils sont précisément ceux de l’âme comme le rappelle Bernanos. Une brèche se fait jour, trace d’une attente de Dieu. Inutile de se présenter avec nos outils, à notre image, tranchés. Il suffit de s’y rendre avec pour tout bagage notre disponibilité signe du déjà-là du miracle des mains ouvertes.

Bernard Devert
Juin 2017

 

L’attention aux réfugiés, un appel à défendre les droits de l’homme et ceux de l’âme

20 juin 2017 § Poster un commentaire

La haine ensanglante de nombreux territoires devenus si inhospitaliers que leurs habitants sont confrontés à ce dilemme, partir ou mourir.

Sur les routes et les mers que de cimetières de l’espoir. Il faut agir pour ne point aggraver une barbarie instrumentalisée par un obscurantisme déchaînant les instincts les plus vils ; personne ne peut dire je ne savais pas.

Fermer les yeux, c’est consentir à cet « in-ouï » insupportable conduisant ces frères fragilisés au silence.

La question est de savoir si nous allons les croiser ou les rencontrer.

Ils s’en sont allés vers des territoires inconnus, franchissant les barrières de la langue, des coutumes et de la culture. Privés très souvent de ressources, ayant tout laissé pour donner priorité à la vie, ils sont démunis mais riches d’une audace et d’un courage qui forcent le respect.

Cette reconnaissance est le déjà là d’une estime, clé de la fraternité, offrant aux différences la trace – non point des limites et des ruptures – mais d’une ouverture et d’une possible communion.

Il est des moments où pour rester humain, l’acte de résistance se propose à notre liberté, noblesse de l’âme pour qu’à cette haine aveugle, nous n’ajoutions pas notre indifférence.

J’entends que nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, suivant l’expression de Michel Rocard. Nous savons que le mot fit florès pour l’avoir mutilé, oubliant que son auteur appelait à ce sursaut d’humanité pour que l’Europe prenne sa part, toute sa part, dans ce combat.

La guerre contre la misère physique et morale n’est pas une option, elle est une urgence pour ne pas faillir au devoir d’assistance des êtres sans défenses. Qu’as-tu fait de ton frère, crie le Livre d’Humanité.

Ce cri est bâillonné par les peurs constituant des barbelés et des murs invisibles mais bien réels. Or, la dignité ne permet pas de s’éloigner de l’hospitalité, premier rempart contre l’hostilité mortifère.

L’épreuve traversée par les migrants ne nous conduit-elle pas à ce sursaut de responsabilité, preuve que nos valeurs ne sont pas des mots mais une exigence éthique que nous ne voulons, ni ne pouvons déserter parce que nous croyons que l’Esprit vit.

Là où la haine fracture et déchire, la seule réponse qui vaille est de tisser des relations d’humanité.

La journée mondiale des réfugiés, fixée ce 20 juin, ne pourrait-elle pas se révéler signe de l’écoute créatrice de ceux qui, ayant tout perdu dans la « traversée de l’enfer », trouvent des raisons de vivre, nous aidant à découvrir les nôtres.

Avec eux et parmi eux nous éprouvons que leur chemin d’exode est aussi celui que nous avons à reconnaître pour se libérer des replis sur soi. Souvenons-nous de Péguy, « Le pire, c’est d’avoir une âme endurcie par l’habitude. Sur une âme habituée, la grâce ne peut rien. Elle glisse sur elle comme l’eau sur un tissu huileux… Les honnêtes gens ne mouillent pas à la grâce ».

Se mouiller, se risquer c’est sans doute la grâce des grâces pour un monde plus humain.

Bernard Devert

Juin 2017

Rendre compte, tout simplement

12 juin 2017 § 1 commentaire

Le rapport d’activité d’habitat et Humanisme de l’exercice 2015 s’ouvrait sur le visage d’un enfant inondé de lumière ; celui de cette année est jonché d’une multitude de frimousses exprimant notre commune détermination de refuser que l’enfance soit sacrifiée. Or, elle l’est encore pour plus de 2 millions de gosses dont le présent est marqué par la précarité et/ou la misère, d’où leur avenir compromis quand il n’est pas déjà détruit.

Il nous faut agir pour ne point accepter cette injuste punition, faucheuse de l’espérance.

175 personnes dont près de 100 enfants roms ont quitté des bidonvilles pour trouver place dans un habitat précaire – bungalows – offrant les conditions minimales d’une dignité qui leur était jusque-là refusée.

Je voudrais vous partager la joie de cet enfant : « j’ai pu me laver avec de l’eau chaude » ! Ce geste, quotidien et banal pour nous, revêtait pour lui un inattendu et un inespéré.

Avec une scolarité suivie des enfants, l’insertion se construit. Le refus de la différence s’est parfois exprimé avec véhémence mais, avec le temps cicatrisant les outrages, d’aucuns découvrent que ce sont des êtres de chair, désarmés, souffrants et espérant.

Le fait qu’ils aient moins de chance que nous justifierait-il qu’elle leur soit refusée ? Je pense à ce maire qui, accueillant deux de ces familles, corrèle leur réussite à celle de sa Commune pour ne point penser l’hospitalité en termes de charges mais de chance et de sens.

Au début et à la fin de la vie, que d’êtres sont confrontés à une dépendance appelant comme premier soin l’a tendresse, le respect.

2017 sera pour Habitat et Humanisme celle de l’intégration de l’association la Pierre Angulaire qu’il me fut donné de créer il y a quinze ans pour trouver une réponse ajustée – mais insuffisante – à l’isolement de personnes dépendantes, confrontées à la faiblesse des ressources.

Le dénominateur commun d’H&H et La Pierre Angulaire est le prendre-soin via un logement adapté et un accompagnement. Ce rapprochement, ouvre le périmètre d’activité du Mouvement. Il s’est imposé pour répondre à la question de « l’après » en raison du développement de nos maisons intergénérationnelles et la prise en compte du vieillissement des résidents dans les pensions de famille.

Un des maîtres-mots d’H&H est résister. Qu’est-ce que cela veut dire, si ce n’est refuser le défaitisme pour ne point consentir à la mocheté qu’est l’indifférence à la souffrance et au ressenti de trop de nos contemporains qui, oubliés de la Société, pensent qu’ils n’auront jamais de place.

La fraternité est un bien commun. Il faut la bâtir ensemble sans jamais ne rien céder. Cette exigence éthique et spirituelle ne vous est pas étrangère. Aussi, à ceux qui déjà nous accompagnent je renouvelle ma gratitude et à ceux qui envisagent de nous rejoindre, j’ose dire : franchissez le pas pour en finir avec ce mal logement dramatiquement récurrent.

Quel bonheur de voir ces visages s’éloigner de l’accablement, pour avoir trouvé un toit. H&H est une école d’humanité au sein de laquelle personne n’est noté mais où chacun note d’imperceptibles changements qui, secrètement, ouvrent les portes d’un nouveau monde.

Merci d’en être des bâtisseurs.

 

Bernard Devert
Juin 2017