L’Evangile, l’ouverture d’un chantier pour se construire en humanité.

23 juin 2017 § Poster un commentaire

 

Qu’est-ce-que l’homme, telle est la question qui se pose à chacun.

L’homme passe l’homme ; le pari de Pascal traduit un dépassement. N’est-il pas au cœur de l’Evangile non dans un savoir académique jamais décisif, la foi ne relevant pas d’une connaissance mais d’une reconnaissance.

Christ ne joue pas avec un pari ; Il a mis en jeu sa vie. Assassiné, crucifié, d’aucuns ayant compris que sa Parole allait tout mettre sens dessus-dessous, alors la mort fut précipitamment au rendez-vous de son histoire. Urgence de cadenasser l’accès à ce chantier d’amour qu’Il ne cessa et ne cesse de proposer.

Ouvrir l’Evangile, c’est ouvrir un chantier ; il est risqué comme tout lieu où l’on construit. Nous connaissons ces panneaux : Attention, des hommes y travaillent ! Ici pas seuls, avec le Créateur. Le maître d’œuvre ne s’imposant pas, les dangers n’en seraient-ils pas aggravés ? Non ce chantier surprenant est celui de la confiance.

Le Dieu de l’Evangile est vraiment incroyable, il ne retient pas nos échecs, il les assume si bien que nous sommes des invités permanents à ce chantier qui a pour nom la miséricorde ; l’homme est l’espérance de ce Dieu Père.

Il y eut ce chantier qui se nomme Babel ; il se poursuit jusqu’à imaginer des tours dont l’une des dernières réalisées fait près d’1 km de haut. L’homme passe son temps à flirter avec le ciel, mais Dieu n’est pas là.

Que de rendez-vous manqués pour n’avoir pas compris où est Dieu.

Il est vrai que nous voulons imposer nos plans, bien étudiés, organisés, structurés pour construire, oubliant que l’Eternel n’a qu’une attente, que nous bâtissions un monde plus habitable pour tous, mais pour ce faire, il faut consentir à se laisser reconstruire.

La Loi de Moïse que nous mettons en avant nous protège. Voici que sur ce chantier de l’Evangile il est moins question de se protéger que de protéger : on vous a dit… eh bien, moi je vous dis… (Mt 5,44).

Ce qui nous est dit c’est que la Loi ne sera pas abolie mais accomplie, c’est-à-dire dépassée. Le légal est bien pâle au regard de cette Loi nouvelle bouleversant et renversant les idées de puissance que nous privilégions pour refléter ce que nous voulons devenir : accumuler des biens pour être quelque chose au lieu d’être quelqu’un.

Un autre rendez-vous manqué pour n’avoir pas compris que Dieu est étranger à ces propositions mortifères fracturant non seulement l’espace mais créant dans les têtes des ghettoïsations qui enferment.

Si le chantier de l’Evangile n’avance pas comme il devrait, ne serait-il pas temps de se demander si nous devrions pas mettre autant de passion à défendre les droits de l’âme qu’à faire valoir nos droits. Le renversement des priorités ne serait pas indifférent à un chantier plus humain, par là même divin.

Heureusement, il est de ces chantiers où l’on entend des craquements ; ils sont précisément ceux de l’âme comme le rappelle Bernanos. Une brèche se fait jour, trace d’une attente de Dieu. Inutile de se présenter avec nos outils, à notre image, tranchés. Il suffit de s’y rendre avec pour tout bagage notre disponibilité signe du déjà-là du miracle des mains ouvertes.

Bernard Devert
Juin 2017

 

L’attention aux réfugiés, un appel à défendre les droits de l’homme et ceux de l’âme

20 juin 2017 § Poster un commentaire

La haine ensanglante de nombreux territoires devenus si inhospitaliers que leurs habitants sont confrontés à ce dilemme, partir ou mourir.

Sur les routes et les mers que de cimetières de l’espoir. Il faut agir pour ne point aggraver une barbarie instrumentalisée par un obscurantisme déchaînant les instincts les plus vils ; personne ne peut dire je ne savais pas.

Fermer les yeux, c’est consentir à cet « in-ouï » insupportable conduisant ces frères fragilisés au silence.

La question est de savoir si nous allons les croiser ou les rencontrer.

Ils s’en sont allés vers des territoires inconnus, franchissant les barrières de la langue, des coutumes et de la culture. Privés très souvent de ressources, ayant tout laissé pour donner priorité à la vie, ils sont démunis mais riches d’une audace et d’un courage qui forcent le respect.

Cette reconnaissance est le déjà là d’une estime, clé de la fraternité, offrant aux différences la trace – non point des limites et des ruptures – mais d’une ouverture et d’une possible communion.

Il est des moments où pour rester humain, l’acte de résistance se propose à notre liberté, noblesse de l’âme pour qu’à cette haine aveugle, nous n’ajoutions pas notre indifférence.

J’entends que nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, suivant l’expression de Michel Rocard. Nous savons que le mot fit florès pour l’avoir mutilé, oubliant que son auteur appelait à ce sursaut d’humanité pour que l’Europe prenne sa part, toute sa part, dans ce combat.

La guerre contre la misère physique et morale n’est pas une option, elle est une urgence pour ne pas faillir au devoir d’assistance des êtres sans défenses. Qu’as-tu fait de ton frère, crie le Livre d’Humanité.

Ce cri est bâillonné par les peurs constituant des barbelés et des murs invisibles mais bien réels. Or, la dignité ne permet pas de s’éloigner de l’hospitalité, premier rempart contre l’hostilité mortifère.

L’épreuve traversée par les migrants ne nous conduit-elle pas à ce sursaut de responsabilité, preuve que nos valeurs ne sont pas des mots mais une exigence éthique que nous ne voulons, ni ne pouvons déserter parce que nous croyons que l’Esprit vit.

Là où la haine fracture et déchire, la seule réponse qui vaille est de tisser des relations d’humanité.

La journée mondiale des réfugiés, fixée ce 20 juin, ne pourrait-elle pas se révéler signe de l’écoute créatrice de ceux qui, ayant tout perdu dans la « traversée de l’enfer », trouvent des raisons de vivre, nous aidant à découvrir les nôtres.

Avec eux et parmi eux nous éprouvons que leur chemin d’exode est aussi celui que nous avons à reconnaître pour se libérer des replis sur soi. Souvenons-nous de Péguy, « Le pire, c’est d’avoir une âme endurcie par l’habitude. Sur une âme habituée, la grâce ne peut rien. Elle glisse sur elle comme l’eau sur un tissu huileux… Les honnêtes gens ne mouillent pas à la grâce ».

Se mouiller, se risquer c’est sans doute la grâce des grâces pour un monde plus humain.

Bernard Devert

Juin 2017

Rendre compte, tout simplement

12 juin 2017 § 1 commentaire

Le rapport d’activité d’habitat et Humanisme de l’exercice 2015 s’ouvrait sur le visage d’un enfant inondé de lumière ; celui de cette année est jonché d’une multitude de frimousses exprimant notre commune détermination de refuser que l’enfance soit sacrifiée. Or, elle l’est encore pour plus de 2 millions de gosses dont le présent est marqué par la précarité et/ou la misère, d’où leur avenir compromis quand il n’est pas déjà détruit.

Il nous faut agir pour ne point accepter cette injuste punition, faucheuse de l’espérance.

175 personnes dont près de 100 enfants roms ont quitté des bidonvilles pour trouver place dans un habitat précaire – bungalows – offrant les conditions minimales d’une dignité qui leur était jusque-là refusée.

Je voudrais vous partager la joie de cet enfant : « j’ai pu me laver avec de l’eau chaude » ! Ce geste, quotidien et banal pour nous, revêtait pour lui un inattendu et un inespéré.

Avec une scolarité suivie des enfants, l’insertion se construit. Le refus de la différence s’est parfois exprimé avec véhémence mais, avec le temps cicatrisant les outrages, d’aucuns découvrent que ce sont des êtres de chair, désarmés, souffrants et espérant.

Le fait qu’ils aient moins de chance que nous justifierait-il qu’elle leur soit refusée ? Je pense à ce maire qui, accueillant deux de ces familles, corrèle leur réussite à celle de sa Commune pour ne point penser l’hospitalité en termes de charges mais de chance et de sens.

Au début et à la fin de la vie, que d’êtres sont confrontés à une dépendance appelant comme premier soin l’a tendresse, le respect.

2017 sera pour Habitat et Humanisme celle de l’intégration de l’association la Pierre Angulaire qu’il me fut donné de créer il y a quinze ans pour trouver une réponse ajustée – mais insuffisante – à l’isolement de personnes dépendantes, confrontées à la faiblesse des ressources.

Le dénominateur commun d’H&H et La Pierre Angulaire est le prendre-soin via un logement adapté et un accompagnement. Ce rapprochement, ouvre le périmètre d’activité du Mouvement. Il s’est imposé pour répondre à la question de « l’après » en raison du développement de nos maisons intergénérationnelles et la prise en compte du vieillissement des résidents dans les pensions de famille.

Un des maîtres-mots d’H&H est résister. Qu’est-ce que cela veut dire, si ce n’est refuser le défaitisme pour ne point consentir à la mocheté qu’est l’indifférence à la souffrance et au ressenti de trop de nos contemporains qui, oubliés de la Société, pensent qu’ils n’auront jamais de place.

La fraternité est un bien commun. Il faut la bâtir ensemble sans jamais ne rien céder. Cette exigence éthique et spirituelle ne vous est pas étrangère. Aussi, à ceux qui déjà nous accompagnent je renouvelle ma gratitude et à ceux qui envisagent de nous rejoindre, j’ose dire : franchissez le pas pour en finir avec ce mal logement dramatiquement récurrent.

Quel bonheur de voir ces visages s’éloigner de l’accablement, pour avoir trouvé un toit. H&H est une école d’humanité au sein de laquelle personne n’est noté mais où chacun note d’imperceptibles changements qui, secrètement, ouvrent les portes d’un nouveau monde.

Merci d’en être des bâtisseurs.

 

Bernard Devert
Juin 2017

« Pentecôte, une proclamation de la Parole qui pourrait faire du bruit dans nos vie ».

1 juin 2017 § Poster un commentaire

La Pentecôte que nous célébrons n’est pas un anniversaire   des bougies à souffler   mais un évènement majeur qui pourrait bien souffler quelques-unes de nos certitudes pour laisser place aux convictions.

Le Livre des Actes des Apôtres présente cette manifestation de l’Esprit comme un jour qui fit un tel bruit que l’’histoire n’a pu la passer sous silence.

Pentecôte 2017 vient après une longue campagne électorale partagée entre inquiétude et espoir. La Société, lasse de ces débats, éprouve le désir d’un calme quasiment palpable. Assurément, le corps social veut souffler.

Cette aspiration ne saurait être un alibi pour ne point faire bouger ce qui est de l’ordre de l’inacceptable, faute de quoi la paix ne sera jamais au rendez-vous.

Pentecôte est le jour de la proclamation de la Parole, où l’homme entend celle du frère. Cette reconnaissance est une naissance au Tout Autre et aux autres. « Ils étaient unis et mettaient tout en commun, vendaient leur propriété, leurs biens pour partager entre tous, selon les besoins de chacun » (Ac 2-45).

Quel changement, celui que l’on peine à espérer.

Un jour qui fit grand bruit, la Pentecôte est un évènement mais aussi un avènement. Dieu est enfin reconnu pour ce qu’Il est, non pas à part ou dans un ailleurs, mais vivant passionnément au cœur de l’homme. L’éveil des cœurs est toujours un cri de vie pour la vie.

Ce bruit est celui de la déchirure de nos enfermements, nos tombeaux s’ouvrent. La Résurrection est enfin comprise comme une vie nouvelle où l’acte du croire implique résolument la décision de changer et de faire changer.

Albert Camus écrit : « pour qui est seul, sans dieu, ni maître, le poids du jour est terrible ».

A la Pentecôte, la solitude est traversée par une présence ; la foule est réunie pour mettre le cap sur une espérance non pas éthérée, mais réelle, les fruits de la fraternité ne sont ni interdits, ni inaccessibles, ils sont partagés.

A la Pentecôte, Dieu révèle notre humanité qui fait de nous des êtres de relation. Le mutisme est brisé, d’où ce grand bruit. Les questions surgissent, fusent ; la vie est là et chacun s’entend pour comprendre qu’il est aimé d’un même amour. Incroyable et pourtant…

En cette Pentecôte 2017, comment allons-nous donner chair au souffle l’Esprit. Il est l’heure d’acter ce que la Parole propose pour passer du doute, de l’étonnement à l’émerveillement.

Un grand bruit, pareil à un événement inattendu ; il laisse sans voix mais pas sans une joie intérieure que rien ne peut étouffer. Tout alors est changé.

Bernard Devert
Mai 2017

Ces petits pas insuffisants qui pourtant font bouger les lignes

22 mai 2017 § Poster un commentaire

Chaque semaine, 10 foyers trouvent enfin un toit, grâce à la finance solidaire qui s’investit au sein de la foncière Habitat et Humanisme.

Une famille entre, le malheur sort.

Certes, tout n’est pas gagné, mais les portes qui s’ouvrent sont celles de l’espoir.

Le combat est permanent ; il s’inscrit dans la durée : plus de 30 ans. Le temps aurait pu nous user, il nous a confortés dans le fait que l’action n’avait qu’un défaut, l’insuffisance.

Confrontés à bien des discussions, parfois des oppositions, d’aucuns nous invitent à bâtir ailleurs. Comme vous, la ségrégation nous insupporte. Avec vous, nous croyons que « la rébellion d’aujourd’hui, c’est l’ouverture à l’autre » pour reprendre la belle formulation d’Alexandre Jollien.

Nos petits pas parfois nous blessent. Il faudrait parcourir le chemin de la solidarité à grandes enjambées. Seulement le recul de la pauvreté et de la précarité nécessite – ne nous payons pas de mots – non seulement une mobilisation de l’épargne mais aussi des compagnons de route pour que, là où l’on construit, les personnes se reconstruisent.

Je pense à ce chef d’entreprise d’une PME de 42 salariés. Il a sombré, tout a craqué, y compris la santé physique et psychique. Le temps d’errance s’est arrêté avec la remise d’une clé qui a ouvert bien des serrures qui s’étaient grippées. Il ne dispose pas seulement aujourd’hui d’un toit ; il se sait reconnu, alors tout peut recommencer.

N’est-ce pas cela l’espérance, non pas un mot creux, mais qui nous creuse pour découvrir cet espace inviolable, si nécessaire pour l’estime de soi afin de l’offrir à celui qui ne l’a pas ou plus.

Souvenons-nous de l’hymne à l’homme de Sophocle : « il est bien des merveilles en ce monde, il n’en est pas de plus grande que l’homme ».

Aller vers les oubliés de la Société c’est aussi les transporter vers des lieux qu’ils n’osent point rêver. Quand ils en franchissent le seuil, ils ont souvent les larmes aux yeux, s’interrogeant avec émerveillement : qui suis-je pour être ainsi respecté ; entendez : aimé.

La dignité n’a pas de prix, la mettre en œuvre est le chemin royal de l’insertion.

Au sein des associations ne sommes-nous pas des Petit Poucet qui déposant des cailloux dans des mains ouvertes et expertes, bâtissent des murs étonnants. Jamais ils n’emmurent pour être ceux qui, désirés avec cœur, se révèlent des espaces où l’improbable se fait jour.

Bernard Devert
Mai 2017

La rencontre de nos aînés, école de spiritualité et de l’éthique

16 mai 2017 § 2 Commentaires

Que de personnes confrontées au grand âge sont en deuil au regard du vivre-ensemble, considérant qu’elles sont inutiles, jusqu’à se penser comme une charge.
J’aimerais leur dire qu’elles sont une chance nous appelant à mieux nous investir sur les 3 valeurs de la République, socle de notre démocratie :
•    Liberté pour imaginer des espaces qui protègent mais restent ouverts,
•    Égalité : le prendre soin conduit à atténuer les inégalités physiques, psychiques, sociales. Les postures de surplomb sont insupportables pour comprendre que vous nous offrez la possibilité de dépasser nos propres enfermements,
•    Fraternité : s’agissant d’entrer dans une relation où le mystère de l’être est éveil à l’Infini.

Qui n’éprouve pas la joie de dire à nos aînés qu’ils sont une chance.

•    Chance, pour nous aider à sortir de l’idée mortifère de la puissance conduisant à évaluer la personne à l’aune de son utilité, de sa capacité à produire.

Faut-il attendre les drames pour s’apercevoir qu’ils sont, pour partie, liés au refus d’accueillir la vulnérabilité.

•    Chance, pour reconnaître qu’à l’école de l’humanité, nos aînés sont des maîtres. Ils n’ont nul besoin de ces ouvrages qui encombrent et permettent de se cacher derrière un savoir académique. Leur parole est libérée et épurée de par les épreuves qu’ils ont su surmonter pour offrir à la vie l’intelligence du courage et de la bienveillance.

•    Chance, d’être les héritiers d’une histoire, jamais indifférente à l’avenir de ceux qui la reçoivent.

•    Chance, de les rencontrer. Leurs rides ne sont-elles pas trace des aridités traversées. Leurs visages livrent avec pudeur les combats dont ils sont sortis vainqueurs dans ce passage de la possession à la libération, si bien exprimé par cet explorateur de l’esprit qu’est René Daumal, dans le Mont Analogue :

« Je suis mort parce que je n’ai pas de désir ; je n’ai pas de désir, car je crois posséder. Je crois posséder parce que je n’essaie pas de donner. Essayant de donner, on voit qu’on n’a rien. Voyant qu’on n’a rien, on essaie de se donner. Essayant de se donner, on voit qu’on n’est rien. Voyant qu’on n’est rien, on désire devenir.
Désirant devenir, on vit ».

Ce trésor de vie naît de l’accumulation de la perte des idées toutes faites laissant jaillir des cœurs – non point lézardés mais creusés – une espérance que le temps patine.

A la prétention des savoirs, vous offrez, chers aînés, une richesse inattendue : le temps n’est pas l’ennemi, il est le dévoilement de ce qui, enfoui, s’avère l’essentiel, déjà l’éternel que seule, la fragilité révèle.

Bernard Devert
Mai 2017

Le temps des déclarations ou celui de se déclarer pour plus d’équité

9 mai 2017 § Poster un commentaire

La déclaration de revenus peut conduire à déclarer nos engagements pour des causes humanitaires ou culturelles.

Qui d’entre nous ne souhaite pas réduire les fractures de la Société ? La mission relève du pouvoir régalien, mais aussi de notre décision de construire des ponts pour ne pas rester à distance des blessés de la vie.

Le législateur encourage la philanthropie et les investissements relevant de l’intérêt général avec les dispositifs TEPA et Madelin. Des niches fiscales, disent certains ; le terme n’est ni heureux, ni juste, s’agissant non pas d’un abri mais d’un élan possible vers les laissés pour compte.

Les réductions d’impôt relatives aux investissements concernent ceux dont l’impact est la réduction des situations de précarité.

En économie, la niche se définit comme un segment d’activité qui a peu de concurrence. L’agir contre la misère justifierait qu’il y ait beaucoup d’émulation pour susciter cette charité inventive comme aimait à le dire Jean-Paul II.

L’économie sociale et solidaire en est la trace insuffisante encore, même si avec bonheur elle progresse constamment. N’est-elle pas une réponse concrète à une montée des consciences interrogative du sens de ce qui nous fait vivre jusqu’à interpeller notre relation à l’argent pour le flécher vers des programmes donnant place à ceux qui ne l’ont pas ou plus.

En médecine, la niche est une cavité, en lien avec les ulcères. Ici, elle est un creuset réunissant des épargnants qui, ulcérés de voir cette pauvreté si destructrice des personnes que l’espoir est métastasé.

Intolérable de consentir à ce que des frères n’aient pas de toit ; mais quel drame lorsqu’il s’agit de malades qui, au soir de leur vie, se trouvent à la rue. Aussi, travaillons-nous sur un projet mobilisant des bénévoles – dont des soignants qui déjà se manifestent – pour que la fin de vie de ceux qui ont déjà éprouvé tant de dureté soit traversée par la tendresse.

Ces feuilles d’impôt rébarbatives, ne pourrait-on pas les lire comme une déclaration d’espérance pour ce qui est entrepris et à entreprendre au sein de l’espace public comme volonté d’humanisation des relations sociales, retenant le bien commun comme boussole de nos engagements.

Bernard Devert
Mai 2017