Pour exister, les liens relèvent d’une éthique de la responsabilité.

16 janvier 2018 § 1 commentaire

Lors de mes vœux, j’ai fait référence au livre du Petit Prince, mettant en exergue l’apprivoisement que Saint Exupéry définit comme une invitation à créer des liens. Apprivoiser, c’est rechercher une attitude juste, s’exprimant souvent dans une vérité poétique où l’essentiel se dit sans se perdre dans des mots inutiles.

L’indifférence sombre là où le lien se construit. L’autre, toujours un peu étrange, fait peur, d’où ce nécessaire apprivoisement pour parvenir à des échanges qui nous construisent en humanité.

Le lien ne s’inscrit pas forcément dans la durée, mais dans l’intensité de la relation, par exemple entre les soignants et leurs patients. Un oncologue s’entendait dire : votre profession doit être terrible. Il répondit : elle est difficile mais tellement riche d’humanité.

Permettez-moi d’aborder la journée du 30 janvier qui se prépare comme une protestation des salariés des maisons médicalisées, hébergeant des personnes au soir de leur vie.

Seulement, cette journée ne vise pas à défendre les intérêts catégoriels, mais ceux des résidents, sans forces, sans voix. Les soignants considèrent – non sans pertinence – que leur mission ne consiste pas seulement à effectuer des actes mais à les accompagner d’un prendre-soin. Ici, commence une attention au rythme de la personne, souvent blessée par l’angoisse, la finitude et l’isolement.

Comme gestionnaire d’établissements médicalisés, nous plaçons cette requête comme une alerte auprès de l’Etat et des Collectivités Locales afin que nos aînés dépendants, physiquement ou psychiquement soient davantage reconnus.

Quand les personnes sont si fragilisées que leur ressenti est celui d’un abandon, n’est-il pas juste de relayer leurs voix par ceux-là mêmes qui leur prêtent très souvent l’oreille de leur cœur.

Nombre des maisons de retraite sont désormais des espaces de soins. Que de malentendus à l’égard de ceux qui dans une absolue discrétion concourent à ce que la dureté de la fin de vie soit atténuée par la tendresse.

Que de fois, lors d’un décès, nous avons vu des larmes sur le visage d’un aide-soignant, d’une auxiliaire de vie ou d’un agent de service. Dans ces pleurs, se mêle le regret amer- si ce n’est la colère – de ne pas avoir eu suffisamment de temps pour accompagner celui, celle qui lui a partagé sa confiance, son histoire.

Le lien désarme, fragilise mais quelle humanité possible sans cette fragilisation appelant un supplément de vigilance.

Qui ne comprend pas la disponibilité que ce soignant aurait aimé avoir pour que ce prendre-soin ne soit pas contrarié par la ‘dictature’ de l’heure.

Les situations de fragilité doivent faire l’objet d’une meilleure prise en compte par la Nation pour que nos aînés ne disent plus qu’ils sont une charge, que leur vie n’est rien avec le sentiment, pour les plus vulnérables, d’être inutiles.

Chères auditrices, chers auditeurs, vous avez des parents dans ces maisons. N’hésitez pas à nous soumettre des propositions pour que dans le cadre des budgets alloués, des améliorations soient apportées.

Défenseurs du prendre-soin, cette journée n’exprimera pas seulement un mécontentement mais une exigence de qualité de vie pour ceux qui, en raison de l’âge, de la maladie, vivent en retrait.

L’omerta doit s’effacer.

Bernard Devert
16 janvier 2018

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Le partage, chemin de liberté

11 janvier 2018 § Poster un commentaire

Au nom du « libre-échange », l’argent trouve de grands espaces lui permettant de se libérer de sa condition de serviteur jusqu’à devenir l’idole qui, enflée de sa puissance, attire et attise alors même qu’elle est une des premières causes du saccage environnemental. François, dans son Encyclique ‘Laudato Si’, souligne que « le rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l’environnement a dépassé les possibilités de la planète » (§ 161).

Comment oublier les cris d’alarme sur le climat et les inégalités mondiales qui s’expriment largement tant les dangers sont prégnants.

Aussi, convient-il de retrouver le sens, à commencer par celui de l’équilibre, d’où l’urgence d’assigner à l’argent sa fonction : servir et ne point se servir, sauf à consentir à ce que l’idole poursuive d’irréparables ravages jusqu’au naufrage de notre civilisation.

Quel monde allons-nous laisser ? La question s’inscrit dans le continuum de celle de la Genèse : « Qu’as-tu fait de ton frère » ?

L’idole enfermée dans son narcissisme ne peut penser l’avenir, ni voir les blessures qu’elle cause, pour refuser toute place à l’hospitalité, laquelle n’est imaginable que dans une approche humaniste offrant une vigilante attention à la fragilité.

Reconnaître l’emprise du serviteur sur le maître faisait dire à Péguy : « nous sommes des vaincus », ce que reprend François Perroux, économiste : « les biens les plus précieux et les plus nobles dans la vie des hommes, l’honneur, la joie, l’affection, le respect d’autrui ne doivent venir sur aucun marché ».

L’argent démonétise les valeurs quand elle ne les avilit pas, d’où cette veille indispensable pour protéger les échanges afin qu’ils gardent cette noblesse nécessaire à leur pérennité.

Dans le même sens, l’économiste, Jacques Généreux, ne craint pas de parler d’une Société devenue « dissociété » réprimant le désir d’être « avec », chaque dissocié ne supportant le « vivre ensemble » qu’avec des personnes qui lui sont semblables.

L’argent, cependant, n’est pas le diable ; nul besoin de s’en approcher avec une grande cuillère, il suffit de lui faire comprendre qui commande ; l’homme est ainsi appelé à un sursaut de responsabilité pour « déboulonner » l’idole.

Quand l’homme ne s’en laisse pas conter, s’éveille alors une économie maîtrisée, plus sobre, prenant en compte les oubliés et rejetés de la croissance, d’où des relations nouvelles qui ne sont pas seulement réparatrices mais transformatrices, laissant entrevoir le possible d’une civilisation plus humanisée.

Le film « l’Argent » de Robert Bresson montre combien le maître ‑ complice de la cupidité ‑ a laissé au serviteur le soin de tout régir, d’où d’inévitables désordres conduisant aux meurtres, à commencer par celui du sens de l’essentiel.

C’est une femme habitée par le don qui, avec une infinie richesse de cœur, offre une rédemption à celui qui fut moralement assassiné pour que toute la place soit laissée à l’idole.

Notre Société en recherche d’équilibre ne peut remettre de l’ordre dans ses relations que si elle prend le risque de s’interroger sur le sens à partir de la vulnérabilité qui, dans son sommet, la finitude, confère au partage la seule richesse qui demeure.

Bernard Devert
Janvier 2018

Les vœux de bonheur, l’appel à une certaine étrangeté

8 janvier 2018 § Poster un commentaire

De bonnes heures que ces premiers jours de l’an, une quasi parenthèse signant la trêve qui n’est pas sans faciliter l’expression des vœux de bonheur.

Des mots échangés, souvent rapidement, de peur de s’attarder ; le bonheur est si fragile que la tentation est de ne pas le préciser de crainte de s’approcher de l’éclipse qui viendrait l’assombrir.

Le flou entretient la grâce du moment.

Les vœux demeurent des liens traduisant des relations, parfois incertaines, mais qui, nommées, font naître une humanité s’éloignant de la sombre indifférence accompagnée des certitudes pesantes.

Le connu ne s’apprivoise pas pour s’être glissé dans des mains si possessives qu’elles ont laissé filer le bonheur pour ne garder que le petit bonheur ; il ne soulève plus rien, privé de sa source, la liberté, porte de l’inconnu, de l’improbable et du fragile.

Si tu vas tout droit, disait le renard au Petit Prince, tu n’iras pas loin.

Apprendre à s’éloigner de son ombre est nécessaire pour entendre l’appel des grands espaces. Ils sont à risques. Impossible de les rejoindre sans consentir à quitter sa tranquillité pour donner place à l’étrange.

Le bonheur a quelque chose à voir avec la surprise, passage de l’étonnement à l’émerveillement.

Seuls, les regards témoins de la clarté de ce cheminement peuvent comprendre l’étrangeté et, par là-même, celui qui est autre. L’oubli de cette mémoire libère des jugements sévères ajoutant aux fractures des plis amers.

Le bonheur ne serait-il pas la trace exquise de ces traversées qui se murmurent, mais qui jamais n’emmurent, finalement une mystique de la vie pour nous relever et nous élever, non point en regardant les choses d’en haut mais dans cette relation à l’humus, la terre.

Le bonheur n’est pas une évasion, il est une passion et une compassion.

La puissance du tout, tout de suite blesse le bonheur, pour rendre insupportables les attentes. A se penser comme des êtres achevés, nous ne voyons pas que l’inachevé est une des chances du bonheur, un infini offrant la sagesse protégeant du mirage.

Le vrai bonheur, qui nait toujours de la confiance, ne saurait nous mettre sur un petit nuage, mais, bien au contraire dans les orages pour ne rien céder au cynisme et à la facilité afin d’en découdre avec le non- sens, ce malheur absolu clôturant l’espérance, à la différence du bonheur qui en est une perpétuelle quête.

Le bonheur, alors, n’est pas loin.

Bernard Devert
janvier 2018

 

Les migrants, un débat qui relève de l’engagement des Etats.

27 décembre 2017 § Poster un commentaire

Difficile pour le monde associatif de parvenir à trouver une position juste. L’hébergement des demandeurs d’asile est une protection nécessaire, mais il doit être accompagné d’une dynamique pour ne pas laisser des espoirs vains, destructeurs de la personne.

La distinction entre réfugiés et migrants demande à être plus rapidement établie qu’elle ne l’est.

L’accueil doit être inconditionnel pour ceux-qui fuient leur pays en raison de la haine dont ils sont victimes. Le péril signe l’exil. Le réfugié a besoin d’un refuge, d’un toit, de soins, d’un prendre-soin, notamment d’une aide psychologique.

Il n’est pas tolérable que des mineurs réfugiés soient confrontés à la rue avec tous les risques qu’elle entraîne. Quel sacrilège que de ne point protéger les enfants, d’où qu’ils viennent !

Reconnaissons que les demandeurs d’asile ne migrent pas par facilité. Les désastreuses conditions économiques auxquelles ils sont confrontés les conduisent souvent à se mettre en quête d’un mieux vivre.

Terre d’asile, notre pays doit le demeurer pour ne point consentir à des situations de sombre mémoire. L’hospitalité, un partage bienveillant, ne saurait être altérée par des conditions de vie déshumanisantes.

Ces hommes et ces femmes exilés, en recherche d’un statut, représentent les forces vives de leur pays. Aussi, veillons à ne pas les mépriser, non plus que leurs Etats, pour les considérer comme incapables de progresser. Quelle arrogance et quelle injustice !

L’hospitalité ne peut pas être une bulle qui enferme mais le fer de lance d’une solidarité à hauteur du drame humanitaire. Deux propositions :

  • Offrir une formation à ces forces vives pour qu’elles puissent s’en retourner dans leur pays, aux fins de contribuer à le construire ou le reconstruire. Les formations en entreprises susciteraient des partenariats ouvrant des perspectives créatrices.
  • Apporter une contribution financière pour rompre les déséquilibres entre pays pauvres et pays riches. L’argent ne manque pas ! Les capitaux flottants sur les marchés financiers représentent 180 Mds €. Ne serait-il pas temps, au lieu de laisser des corps flotter dans des mers devenues des ‘cimetières marins’, de flécher cet argent pour atténuer ces fractures abyssales, cause de nombreux déplacements migratoires.

Est-ce utopique d’imaginer cette mobilisation de femmes et d’hommes en quête d’un avenir, en les accompagnant au sein de leurs Etats sur des projets dont le financement n’est pas à chercher pour être déjà là, à un niveau considérable.

La décision relève d’un engagement politique de l’Europe. Abimée par trop de pratiques la réduisant à un marché, elle trouverait un souffle pour sortir d’une crise morale qui n’est pas non plus étrangère à l’accusation de ses membres pour se libérer de leurs erreurs et de leurs peurs.

Le droit d’asile doit être mis en œuvre comme l’élan d’une formidable solidarité pour vivre un apprivoisement que le livre du Petit Prince définit si bien comme des liens à créer dont nous sommes à jamais responsables.

A jamais responsable, répète le Petit Prince ; n’y aurait-il pas ici un chemin.

 

Bernard Devert

Décembre 2017

Noël, le jour de l’an, des temps pour dessiner un autrement.

21 décembre 2017 § Poster un commentaire

Le parfait achèvement est rarement au rendez-vous du temps, mais, suprême élégance, dans ses derniers jours, ce moment séquentiel nommé l’année, offre un souffle qui n’attise pas les souvenirs amers, mais éclaire l’avenir avec Noël et le Nouvel An.

 Noël.

L’Enfant Dieu pour les Chrétiens, ne serait-il pas pour tous, le réveil de l’éternel enfant qui sommeille en chacun.

Il n’y eut pas de place pour cet enfant ; l’observation garde une singulière et dramatique actualité, tant il est difficile d’accueillir la part manquante à toute humanité. Comment s’en étonner, le divin – ou le plus humain – toujours, se présente sous les traits de l’inattendu et de la discrétion. L’essentiel bien souvent nous échappe sans pour autant, fort heureusement, s’évanouir.

Le Petit Prince nous rappelle les conditions pour voir.

Claudel, ce puissant intellectuel, est désarmé en ce Noël 1886. L’ennui et les rêves d’un pouvoir qui l’habitent, s’écroulent en cette nuit traversée par une fulgurante lumière. Caché derrière un pilier de Notre-Dame de Paris, il est venu en esthète écouter les vêpres. Soudain, découvrant la place de Dieu, il saisit la sienne ; tout un déplacement s’opère : un temps nouveau qui porte la trace de l’éternel.

Le Nouvel An,

Des paroles d’espoir s’échangent au risque parfois d’être sans lendemain, mais elles peuvent aussi nous creuser jusqu’à nous faire découvrir cet inachevé en nous-mêmes, telle la 8ème symphonie de Schubert, dont l’harmonie nous transporte et nous porte pour quitter cet entre-soi qui, rejetant les liens, obscurcit la lumière.

Si la fin d’année est un cadeau, elle est aussi une terrible épreuve pour ceux qui, confrontés au malheur, ne peuvent entendre, ni exprimer ce joyeux Noël, tant est grande leur souffrance.

Ces déserts, le Petit Prince ne nous permettrait-il pas de les aborder avec humanité et tendresse.

Plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan, Saint Exupéry nous partage la petite voix surprenante qu’il a entendue alors qu’il courait un grand risque pour être en panne et sans soutien.

Cependant, à cause ou malgré cette perdition, le Petit Prince lui demande de lui dessiner un mouton.

La demande l’agace tant elle lui apparaît saugrenue, absurde. Quand le mystère est trop impressionnant on n’ose pas désobéir, dit-il. Perdu, en danger, il accepte de dessiner ce mouton.

Dans les moments difficiles, qui n’espère pas secrètement un signe, fut-il surprenant. Il est de ces dessins qui ouvrent un horizon se révélant fermé. Seuls les enfants savent les offrir.

Dessine-moi un mouton

La vie de ces bergers est celle des grands espaces pour suivre ou précéder leurs moutons qui constamment les mettent en mouvement. Hommes libres, aucunement préoccupés de tenir les premières places, ne nous étonnons pas que via l’étoile, lumière de leur cœur, ils se soient rendus auprès de l’Enfant, berger d’humanité.

L’Enfant ne demande rien, même pas une place, espérant la trouver dans le cœur de l’homme, les bergers la lui offrent. Que d’apprivoisements.

Qu’est-ce que cela veut dire apprivoiser ? demande le Petit Prince et le renard de répondre : c’est créer des liens et en être à tout jamais responsable.

Qu’espérer en ce Noël et que se souhaiter pour ce Nouvel An : un dessin qui n’ait pas d’autre dessein qu’une responsabilité partagée. « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé ».

Tu es responsable, répéta le Petit Prince, comme pour mieux s’en rappeler.

Nous essaierons, j’essaierai, d’habiter cette responsabilité s’agissant de bâtir des liens pour faire taire l’indifférence qui leur est si destructrice.

Finalement, l’attente réciproque ne serait-elle pas que nous échangions des dessins qui redessinent l’avenir pour en souligner l’espérance ; les déserts alors s’estomperont.

Bernard Devert
Décembre 2017

 

 

 

Le mécénat d’entreprise, signe d’une éthique en mouvement

19 décembre 2017 § Poster un commentaire

Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, dans son dernier ouvrage : « Une économie à trois zéros » ‑ zéro pauvreté, zéro chômage, zéro émission de carbone », n’esquive pas les difficultés pour y parvenir, relevant que la première d’entre elles est d’ordre anthropologique : quitter la vision pessimiste de l’homme pour le considérer comme un égoïste.

Qui peut contester une recherche qui s’est accélérée avec la crise financière de 2008, pour une meilleure attention au bien commun et/ou à l’intérêt général.

L’économie solidaire, fut-elle encore insuffisante, traduit la prise en compte de la question du sens qui interroge non seulement la micro mais aussi la macro-économie.

Les étudiants, sortis de Grandes Ecoles ou des Universités, donnent le primat aux activités créatrices d’un « autrement » ; la réussite personnelle, via le salaire, ne se présente plus comme un critère suffisant pour s’investir.

L’entreprise doit désormais partager ses valeurs managériales et s’engager à réduire les inégalités, ce fléau mondialisé, secrétant des violences d’autant plus fortes qu’elles sont cachées.

L’entreprise, dès lors qu’elle lutte contre les fractures sociales, trouve une réelle et juste reconnaissance. Nous sommes à un moment de l’histoire où il est possible, parce qu’espéré, de susciter un autre monde. L’heure n’est plus seulement de le rêver, elle est celle de le bâtir.

La masse monétaire est considérable ; les liquidités sur les marchés financiers représentent plus de 180 Mds d’euros. Cet argent flottant coule à flot. Une des questions est celle de sa mobilisation qui ne peut pas seulement se décréter mais doit être portée, via une vision dynamique et transformatrice des relations financières à laquelle le mécénat n’est pas étranger.

Ne soyons pas pessimistes, un chemin est déjà parcouru. Qui reprochait, il y a seulement 5 ans, à des dirigeants d’entreprises de maximaliser le profit et d’optimiser l’aspect fiscal. Cette approche, si elle n’est pas encore répréhensible sur le plan légal, devient une faute sur le plan moral ; elle relève, dans le meilleur des cas, d’une pratique de l’ancien monde.

Les ruptures dramatiques entre les continents, mais aussi à l’intérieur même de ceux-ci, deviennent insupportées, parce que de fait insupportables, d’où le développement d’un mécénat d’entreprise qui longtemps fut réservé au financement culturel mais qui s’associe à des actions luttant contre la précarité et la pauvreté.

Nous assistons à une convergence entre culture et solidarité.

Que d’entreprises nous demandent d’inviter des cadres, pas seulement pour leur présenter la philosophie de notre démarche, mais pour une rencontre concrète avec des personnes laissées pour compte.

L’indifférence se brise.

Que se passe-t-il alors ? Un échange – un apprivoisement entre le champ lucratif et non lucratif. Les intervenants au sein de ces deux sphères ne mettent pas en avant ce qui les sépare mais bien ce qui peut les réunir pour effectuer conjointement des réformes pour une Société moins fracturée.

Il convient de saluer le mécénat de compétence qui apporte une incontestable professionnalisation de l’activité caritative, associative ; dans le même temps que de responsables d’entreprises prennent aussi conscience d’une responsabilité pour transformer

L’échange entre ces deux champs d’activités co-construit une économie nouvelle.

A l’observation de ces faits, nous pouvons légitimement poser la question : « Qu’est-ce qui est le plus fort, les liens ou l’argent » ? J’ai la faiblesse de penser avec le Petit Prince que ce sont les liens, ils permettent d’apprivoiser un monde nouveau. Qui ne l’attend pas.

Bernard Devert
Décembre 2017

L’action politique, ce passage pour quitter les causes d’iniquité

11 décembre 2017 § 1 commentaire

Un lecteur de mon blog me fait part en des termes amicaux, ce dont je lui sais gré, de sa désapprobation quant à mes prises de position favorables à l’APL et à la loi Solidarité et Renouvellement Urbains (SRU), Habitat et humanisme devant, me dit-il, rester à distance du politique.

Le Pape François vient à mon secours. Dans son message vidéo adressé aux participants d’une rencontre tenue à Bogota ces 1er et 3 décembre, il demande aux Chrétiens de s’engager dans la Cité, rappelant que la politique est une des formes les plus élevées de la caritas.

Le cœur n’est pas un sentiment mais un appel à un discernement pour changer et faire changer ce qui doit l’être afin de mettre un terme au plus vite aux situations inacceptables. Le sujet n’est pas de dénoncer mais d’engager des actions transformatrices, et pas seulement réparatrices. Quand le corps social est malade, il faut trouver les remèdes pour le guérir ; les soins ne sauraient relever du palliatif.

Ne point intervenir auprès des politiques sur la loi SRU, c’est consentir à des villes marquées par les discriminations, plus grave des ghettoïsations.

Dans la métropole phocéenne, le PLU ne prévoit l’application de la loi SRU que pour les opérations supérieures à 120 logements, d’où la difficulté de créer un habitat diversifié, alors qu’à Nice – qui n’est pas la ville réputée la plus sociale – le dispositif s’applique aux petits programmes, facilitant l’ouverture de logements à des prix maîtrisés. Conséquence pour notre association : 60 nouveaux logements diffus d’insertion à Nice en 2017, aucun sur Marseille.

Comme elles sont belles, dit le Pape François, les villes qui dépassent la méfiance malsaine et qui intègrent ceux qui sont différents et qui font de cette intégration un nouveau facteur de développement !

Au sujet de l’APL, Habitat et Humanisme loge par vocation des personnes ou familles dont le reste à vivre (après imputation du loyer et charges, assurance, électricité, frais de transports) est souvent inférieur à 100 € mensuels. Une survie !

Qui n’a pas entendu : 5€ de minoration d’APL, ce n’est rien ! Seulement, c’est beaucoup pour ceux qui n’ont rien.

La crise du logement dure depuis trop longtemps pour ne pas reconnaître la nécessité d’effectuer des réformes, via un meilleur équilibre entre aide à la personne et aide à la pierre. Le changement, oui, s’il n’aggrave pas la situation des plus fragiles. Demander aux gouvernants de veiller à cette exigence, c’est faire de la politique pour que justice et amour s’embrassent.

La politique est un service. Encore faut-il la servir. La question n’est pas de savoir si nous sommes de droite ou de gauche, mais de se demander si nous sommes à côté, où aux côtés, de ceux qui souffrent.

Trop de personnes victimes de la pauvreté se trouvent dans un angle mort et s’y tiennent, refusant d’être considérés comme une charge. Au nom de la fraternité, qui n’existe que là où il y a de l’équité, les subsides devraient être entendus comme une entraide, mieux un investissement de la Nation, facilitant l’autonomie des blessés de la vie. Attention, cette conception du bien commun s’éloigne.

S’exprimer et agir au sein de la cité, c’est répondre à la question du Livre de l’humanité : qu’as-tu fait de ton frère ? Loin d’être passif, l’appel conduit à reconnaître que l’oraison est un problème politique, pour reprendre le titre du petit opuscule du Jésuite, Jean Daniélou, ouvrant grand les frontières.

La res publica n’a nul besoin de censeurs et de Ponce Pilate mais d’acteurs qui, dans la Cité, prennent  le risque d’initier ou soutenir les réformes pour un mieux vivre-ensemble.

Bernard Devert
Décembre 2017